Ruy Blas, un conte de fées...
Daphné Proisy, merveilleuse et si naturelle, une reine dont on ne peut que tomber amoureux...
L Ami Hebdo du 13 mars 2011:
Au théatre aujourd'hui, au concert demain.
Grâce à Jacques Bachelier et à sa compagnie La Mesnie H les strasbourgeois ont retrouvé le dramaturge Victor Hugo. Pour Accent 4, Marko Letonja, chef désigné du Philar, a esquissé quelques lignes directrices de sa prochaine activité à la direction du Philar.
Ruy Blas, un conte de fées...
Les amoureux du romantisme ont retrouvé dans ce "Ruy Blas" soigneusement et intelligemment monté par Jacques Bachelier et sa troupe, la plus célèbre, sinon la meilleure des pièces de Victor hugo, écrite pour l'inauguration du Théartre de la Renaissance, en novembre 1838.
Nous sommes avec Ruy Blas en plein conte de fées. Mais un conte de fées mis à la sauce du mélodrame et mijotant sous la patte géniale du maître-queue Hugo!
On peur reprocher à Hugo et on ne s'est pas privé de le faire, mais diable, il sait y faire, et les plus grands acteurs ne s'y sont pas trompés!
Dans Ruy Blas, le pire et le meilleur dans le coeur de l'homme, se côtoient, se combattent, nous font vibrer: l'amour d'un humble pour sa reine et l'intrique machiavélique d'un grand d'Espagne qui ne songe qu'à se venger de la disgrâce qu'il a, sans doute mérité, de la part de cette même reine.
Le tragique s'y frôle au comique, voire au burlesque.. Et l'action s'y trouve sublimée par quelques tirades révolutionnaires que, comme l'écrit G. Lanson à propos de Victor Hugo qu'il a pourtant étrillé de la belle manière, l'amour collectif de l'humanité, des humbles, des misérables a inspiré Hugo. Par-dessus tout il y a le texte, cette langue, le vers romantique que l'auteur manie avec une aisance remarquable et qui traverse l'oeuvre comme un grand vent venu du large. Dans l'espace réduit de la Boite Noire, J. Bachelier réussit, grâce à un dispositif scénique minimaliste à suggérer les immenses salles de ce sombre palais où se joue ce sombre drame. Stéfane Marques est excellent dans le rôle de Ruy Blas, aucune exagération, une modestie de héros que je dirais exemplaire.
A son opposé, Don Salluste, joué par J. Bachelier lui-même avec une belle retenue qui accentue le côté diabolique du personnage. Et entre les deux, la reine, Daphné Proisy, merveilleuse et si naturelle, une reine dont on ne peut que tomber amoureux.
Tous les autres, Loïc Guinguand, Frédérix Schalck, Caterine Aitelinato, Alexandre Cantini, Yvon Wust, Julien Andersch, et Jules Pan, contribuent efficacement à cette nouvelle réussite et à ce nouveau succès de la Mesnie H qui illustre ces lignes de Paul de St Victor en 1872 : la plus belle langue qu'on n'ait jamais parlée au théatre. Rien n'égale la vigueur, la souplesse, le luxe exquis, la solennité pénétrante de ce vers. C'est l'éclat de l'arme et la splendeur du joyau, le flamme qui brûle et la fusée qui éblouit. Du 29 avril au 19 juin, La Mesnie H. sera à Paris au Vingtième Théatre avec "Les fourberies de Scapin".

