Et la presse !

Ruys Blas, entre amour et haine

Sur la scène du Cube Noir jusqu'au 2 avril, la compagnie Mesnie H parle d'amour, de haine et de pouvoir. Un conte de fée qui vire au caucherar en suivant la ligne du destin du plus mélodramatique héro hugolien, Ruy Blas.
Le scénario presque invraisemblable de Ruy Blas accapare dès les premières répliques. La réalité prend des allures de rêve dans un récit où le laquais se transforme par un coup de baguette magique en ministre dévoué et amant enflammé. Mais comme dans les contes des frères Grimm, le prince peut toujours devenir, par un mauvais sort, grenouille. Chez Hugo, l'effoyable Don Salluste y veille. Banni du royaume d'Espagne suite à des affaires sentimentales, il songe à sa vengeance. Pour ce faire, il fait appel à son valet Ruy Blas, épris de la reine, le fait passer pour son cousin Don César et lui ordonne de devenir son amant. Le jeu de séduction commence dans la plus belle sincérité.
Le merveilleux et le vilain.
Devenu ministre, frôlant le plus pûr des bonheurs car la reine lui avoue son amour, Blas se retrouve confronté à son passé incarné sous les traits de Don Salluste. Subitement, le merveilleux cède au vilain. Cette transfiguration, Jacques Bachelier l'opère sobrement tans dans ma mise en scène que dans son incarnation de Don Salluste. Stéfane Marques campe un Ruy Blas touchant avec son regard d'émeraude face à la radieuse Daphné Proisy, en reine amoureuse. Les couleurs intenses mais sombres habitent un espace scénique qui accable. A l'image du plan incliné qui investit la scène. Les costumes quittent leur fonction purement décorative et déterminent les rapports de force. Un entreprise réussiée.

Iuliana Salzani-Cantor