le malade imaginaire dans le mille

Macbeth : Parfum de sang

Le mariage de Figaro

Extrait des Dernières Nouvelles d'Alsace du jeudi 16 novembre 2006.

Intelligence du texte, de la mise en scène et du jeu. "Le mariage de Figaro" proposé par la Mesnie H. compagnie Jacques Bachelier à la Boîte Noire de Koenigshoffen tient en haleine.
Se marier. Se démarier et tout en restant mariés. Courir après l'amour et le désir pour oublier le temps qui court.
Et puis tout mélanger, faire exploser les barrières sociales et l'ordre établi, se jouer de la mâle arrogance pour laisser entendre la voix des femmes.
C'est tout cela "le mariage de Figaro", et l'interprétation qu'en donne actuellement la Mesnie H est à la hauteur du défi.
Ce sont des chants d'oiseaux vifs, fins et légers qui accueillent le spectateur confronté à un décor encore inhabité où miroirs et paravents disent l' apparence, le faux-semblant et la distinction. Endroit et envers. Les paravents vont rouler en tous sens au fil de la représentation, réorganisant l'espace à chaque tableau. En fond de scène, un écran bleuté et mouvant qui se teindra de violine lorsque tout se nouera, la dernière nuit, alors que fuseront les hululements d'oiseaux nocturnes.
Tout est précis dans la mise en scène de Jacques Bachelier. Costumes et éclairages sont tout autant aboutis. Et pas de faute dans la distribution où chaque comédien colle à son personnage tant dans sa stature que dans son jeu. Raphael Scheer campe un Figaro de belle allure, séduisant comme il se doit. Vive et subtile, Sophie Thomann est une Suzanne étourdissante dont le regard et les expressions en disent long tout au long de la pièce.
C'est aussi le cas de Jannick Voirin dans le rôle de Marcelline. Quasi vipérine au début, elle se mue en femme de bon sens avec autant d'aplomb que de conviction.
La comtesse est interprétée par une aristocratique Daphné Proisy et le comte Almaviva par le metteur en scène, Jacques Bachelier.
Personnage tout à la fois sombre et drôle, il incarne le vertige de la pièce. C'est en lui que se nouent les défis du propos. Sûr de son pouvoir, il ne cesse de perdre pied, conscient sans vouloir se l'avouer tout à fait qu'il est le jouet des valets et des femmes. Un texte insolent qui résonne d'une actualité surprenante lorsque le Figaro, dans son monologue, évoquera sa carrière de journaliste brisé par un pamphlet contre Mahomet.