Macbeth : Parfum de sang

Ruy Blas

Tragédie burlesque

Un Richard III de Shakespeare particulièrement enlevé.

Jacques Bachelier et la Mesnie H lui donnent à Strasbourg souffle et puissance.
Richard III a été écrit en 1491 ou 1492,un peu plus d'un siècle après que la guerre des Rose eut déchiré l'Angleterre des York et des Lancastre. Deux familles rivales, des alliances et des trahisons, des haines tenaces et une malédiction. Des meurtres, beaucoup de meurtres : une tragédie, mais une tragédie burlesque où la soif du pouvoir confine à la caricature.
Est-il d'ailleur ressorts plus aigus pour dire les abysses humaines et l'absurdité du monde? Ce spectacle restitue la complexité de l'oeuvre tout en gardant intacte l'évidence shakespearienne. S'y mêlent des échos du Scarface de Brian de Palma - incarnation contemporaine de Richard III -le souvenir du Dictateur de Chaplin, des ambiances du bal des fous jusqu'au souvenir de la fable du grand méchant loup. La folie du pouvoir à son paroxysme, incarnée dans le corps difforme de Richard de Gloucester.
Et Bachelier a lui-même traduit la pièce. En naît un spectacle où les mots coulent de source, dans une dimension parfois ironique. L'espace réduit de la scène est surmonté par une passerelle, dans la tradition du théâtre élisabéthain. Comme un pont sur la Tamise, et qui rend présente la ville de Londres dans son brouillard, sur une bande son particulièrement élaborée, qui restitue le bruit de la foule et des champs de bataille. Les comédiens sont très convaincants. Jacques bachelier jubile manifestement dans le rôle titre. "Love", dit-il, est le mot qui revient le plus dans le texte : " Richard a renoncé à l'amour, dit-il, il a cru que sa supériorité sur les autres lui viendrait de sa renonciation aux sentiments. Mais au soir de la bataille finale, tout son univers intérieur s'écroule quand il réalise qu'il ne s'aime pas lui-même".

Véronique Leblanc